AGI – Entre l’Italie et la Turquie, la relation économique change progressivement de nature. Il ne s’agit plus seulement d’augmenter les échanges, mais de rapprocher deux appareils industriels déjà fortement imbriqués et de les positionner ensemble sur les marchés européens, méditerranéens et tiers.
La visite à Rome du ministre turc du Commerce, Ömer Bolat, reçu le 18 septembre par le ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani, a illustré cette évolution.
Les discussions ont porté sur les infrastructures, l’énergie, la défense, l’aérospatial, les télécommunications et les matières premières critiques, mais aussi sur la sécurité des grandes routes commerciales, fragilisées par les crises en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz.
Bolat a rencontré plusieurs entreprises italiennes
Après son entretien à la Farnesina, Bolat a rencontré plusieurs entreprises italiennes actives dans les infrastructures, les transports, la sidérurgie et les secteurs technologiques. L’enjeu est notamment de développer des coopérations sur des marchés tiers, où groupes turcs et italiens disposent déjà d’une forte expérience dans la construction, l’énergie ou l’ingénierie.
Cette ambition s’inscrit dans le prolongement du sommet intergouvernemental d’avril 2025 entre Giorgia Meloni et Recep Tayyip Erdogan. Les deux gouvernements avaient alors fixé à 40 milliards de dollars l’objectif de commerce bilatéral à moyen terme, après avoir dépassé la barre des 30 milliards.
En 2025, les échanges se sont établis autour de 30 milliards de dollars
En 2025, les échanges se sont établis autour de 30 milliards de dollars, selon les données reprises par les autorités italiennes, avec une structure particulièrement dense dans les machines, l’automobile, les métaux et les biens industriels.
Mais le sujet le plus sensible se trouve désormais à Bruxelles. Ankara veut préserver son accès aux chaînes de production européennes alors que l’Union européenne réfléchit à des politiques industrielles accordant davantage de préférence aux produits fabriqués au sein de l’UE.
Bolat a défendu l’idée que la Turquie, liée au marché européen par l’union douanière et candidate à l’adhésion, fait déjà partie intégrante de l’écosystème manufacturier du continent. Le secteur automobile en est l’exemple le plus évident : les usines turques travaillent depuis longtemps pour des constructeurs et équipementiers européens, dans des chaînes d’approvisionnement qui franchissent quotidiennement les frontières.
Double enjeu por Ankara
Pour Ankara, l’enjeu est donc double : éviter qu’un futur dispositif de type “Made in EU” ne marginalise les producteurs turcs et relancer la modernisation de l’union douanière avec l’Union européenne.
Pour Rome, la Turquie reste au contraire un partenaire susceptible de renforcer la compétitivité industrielle européenne dans plusieurs secteurs, notamment face aux nouvelles concurrences asiatiques.
Turquie marché prioritaire
Le plan italien pour l’export identifie déjà la Turquie comme un marché prioritaire, avec un accent sur la mécanique avancée, les infrastructures, les technologies numériques et la défense. La densification du dialogue ne se limite pas au commerce.
Le 10 septembre, les ministres du Travail Marina Calderone et Vedat Işıkhan ont signé à Rome un mémorandum couvrant emploi, formation professionnelle, relations industrielles, sécurité au travail et protection sociale. En arrière-plan se dessine ainsi une relation plus structurée : deux pays membres de l’Otan, rivaux ou concurrents sur certains théâtres méditerranéens, mais dont les économies apparaissent de plus en plus complémentaires.
Le prochain test sera la Commission mixte économique et commerciale prévue en Turquie, où l’objectif des 40 milliards de dollars devra commencer à se traduire en investissements, coentreprises et projets industriels communs. ——————–



